WANG LIUSHI

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L'âme russe, la sagesse chinoise et la logique occidentale


En 2000, une artiste encore inconnue se risqua à utiliser le terme de peinture chinoise pour définir ses œuvres. Des Chinois, jugeant possible de les montrer au public, la poussèrent à faire sa première exposition. Des représentants de l’ambassade chinoise inaugurèrent cette exposition à la Maison Centrale de l’Artiste. Le mystérieux dans cette affaire tenait à ce que Wang Liushi soit une femme, fait déjà inhabituel pour ce type de peinture artistico-philosophique, et que cette femme soit d’origine russe et citoyenne du Canada. Elle s’appelle Valentina Battler (Alieva). Mais le plus étonnant est qu’elle soit pianiste professionnelle et qu’elle n’avait jamais fait de peinture avant sa rencontre magique avec l’art chinois ; voici ce qu’elle en dit : « Je l’ai découvert (l’art pictural chinois) et je l’ai aimé. L’unité qui en est résultée, c’est un bonheur qu’on peut passer sa vie à attendre. »

Puis, en 2001, ses tableaux furent exposés au musée Roerich. « Evénement dont il était difficile à croire qu’il fût réel. Mes œuvres se trouvaient dans une salle à côté de celles de ce grand homme, chercheur et peintre, c’était un honneur et une récompense immenses, un moteur pour atteindre la sagesse de l’existence. »

L’étape suivante, déterminante, fut son exposition personnelle au musée des Beaux-Arts de Shanghaï. Il fallait de l’audace, de la folie presque pour présenter ses tableaux en Chine. Mais elle s’y décida, face à tous ces gens qui voulaient mordre, dire une stupidité cinglante et caracoler dans leur bêtise. Voilà ce qui poussa Valentina à envoyer ses œuvres aux experts du musée des arts de Shanghaï. Celles-ci furent admises à être exposées et confirmées par ces experts comme relevant bien de la peinture chinoise. « Je ne peux comparer la responsabilité que j’éprouvai avec aucune autre de mon existence. »

« Tout, la façon dont les Chinois organisèrent l’exposition, invitèrent des représentants des différentes ambassades, la publication dans Xinhua et Zhengming Zhibao, tout me procura une impression surréaliste. J’avais envie de me pincer », dit Valentina. A Shanghaï on lui fit l’honneur d’une visite particulière du joyau de la culture chinoise, le musée Wu Changshuo, le maître de Qi Baishi A l’intérieur de ce musée, le petit-fils de M. Wu Yue , artiste lui-même, peignit pour Valentina un tableau-dédicace et elle à son tour, en signe de reconnaissance, offrit son tableau « Le lac des cygnes » au musée, où il se trouve actuellement. C’était en août 2003. Puis suivirent trois autres expositions personnelles : au Musée de l’Est à Moscou, au Fond Arden et à la Maison Centrale de l’Artiste. Ensuite ce fut Paris. Exposition personnelle. Valentina passa aussi cette épreuve avec la mention Très Bien.

Il est indispensable de noter que l’artiste accompagne ses tableaux de poèmes de sa composition. Ce monde poétique, empreint d’une profonde signification philosophique, n’est pas moins étonnant.

« La peinture chinoise est en soi un phénomène tellement immense que même en s’y adonnant durant une longue période, on a toujours l’impression d’en être au début. C’est, dit Valentina, comme si en plongeant dans l’eau, la distance pour atteindre l’eau ne diminuait pas mais augmentait sans cesse. Paradoxe de la conscience. La peinture chinoise est dialogue, vérification de positions morales, compréhension philosophique du monde. Ce n’est pas tant peinture qu’envoi, invitation à communiquer. C’est de la co-création », dit l’artiste.

Ekaterina Tvetkova, conservateur

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